Rendez-vous avec une diva

Sweet Sweet Fantasy TourMalgré mon jeune âge avancé, je ne m’étais jamais rendu dans une salle de concert pour un artiste tel qu’il soit. J’avais bien mis les pieds dans des théâtres et des opéras mais jamais dans une grande salle qui peut accueillir des dizaines de milliers de personnes. Il faut dire que quand tu habites en province c’est tout de suite plus difficile. Les grands chanteurs internationaux se limitent à un déplacement à la capitale et quelques rares fois dans les grandes métropoles régionales. Venir à Paris devient donc rapidement une expédition : tu dois trouver des potes motivés, prévoir de passer la nuit sur place, organiser le déplacement en voiture ou en TGV et bien sûr payer la place de concert au prix fort comme tout le monde. Et puis en discutant avec des amies de promo de master, nous en sommes venus à parler des prochains concerts à Paris avec notamment Adèle, Beyoncé, Mika ou encore Paul McCartney. En arrive le moment où j’apparais limite pour un extraterrestre en avouant que je n’ai jamais mis les pieds au Stade de France. Adèle affiche néanmoins déjà complet. Je décide d’arrêter un choix certes discutable mais plus abordable financièrement et où des places sont encore disponibles : Mariah Carey. Idole de mes années collège, j’en viens à me demander si le spectacle sera à la hauteur alors qu’il faut bien avouer que l’on n’entend plus guère parler d’elle depuis une bonne dizaine d’années. Je me fais l’image d’une vieille diva un peu fripée en manque de notoriété passée et me dis que je ne peux que être agréablement surpris. Mieux encore, je réussis à convaincre un ami belge de m’accompagner. Par contre, j’avoue que j’ai eu du mal à lâcher près de plus de 80 euros pour aller voir une idole des années 90 à l’Accor Hotels Arena – qui restera tout simplement Bercy dans la bouche et le cœur des Parisiens.

Mariah Carey
Le jour J arrive finalement. Étonnamment, il y a du monde pour Mariah Carey à Paris. Une seule et unique date en France dans le cadre de sa grande tournée mondiale du Sweet Sweet Fantasy Tour, c’est quand même peu et beaucoup à la fois, sachant que cette représentation n’est en fait qu’une compilation de ses meilleurs titres. Lesquels remontent quasiment tous aux années 90. Après une première partie très moyenne, les lumières s’éteignent et les véritables fans hurlent à l’apparition de la diva qui arrive sur scène – fidèle à elle-même et à sa réputation – allongée sur un divan, porté par ses danseurs. Pendant près d’une heure et demie, elle enchaîne les tenues à paillettes tout autant que ses succès incontournables tels que My All, Touch My Body, Hero ou encore Without You. Mais s’il y a une chanson que j’attendais plus particulièrement c’est évidemment le titre phare When You Believe du film d’animation le Prince d’Égypte, où Mariah Carey avait formé un duo magnifique avec la regrettée Whitney Houston. Étant donné qu’il s’agit aussi du jour où Prince a rendu l’âme, le public n’échappe pas à l’instant « émotion » de Mariah Carey. Elle avoue avoir hésité à se produire sur scène aujourd’hui et dédie la chanson Sweet Day au chanteur disparu. Elle va jusqu’à confier à son public son amour pour Paris et qu’elle ne pouvait pas laisser ses « agneaux » tristes. C’est beau cette émotion « diva-esque » mêlée au marketing tout de même. Pour en revenir au concert, j’ai été quelque peu déçu des effets de lumières et de décors, relativement sobres même si de manière générale, l’étendue vocale de Mariah Carey est encore plus impressionnante dans un concert que dans ses albums. Je soupçonne pourtant certaines « high notes » d’être du magnifique playback. Cependant, je dois avouer que la prestation est bien là. Du haut de ses 47 ans, la magie opère : Mariah Carey arrive toujours à faire le show et à déchaîner son public. L’ami qui est à mes côtés émet le même avis. C’est finalement une grande réussite pour la chanteuse américaine qui ne s’était pas produite en France depuis 13 ans. C’est aussi une satisfaction pour moi de ne pas avoir dépensé autant pour un concert où l’ennui aurait primé.
 Duo Whitney Houston - Mariah CareyIl y avait aussi dans ce concert un énorme poids de nostalgie. Je me suis revu écoutant ses titres sur ma chaîne hi-fi avec mon CD – ça c’est LA phrase d’anthologie qui semble venue d’une époque extrêmement lointaine voire d’une autre galaxie, à l’ère de la dématérialisation de la musique et de la miniaturisation des supports. Les rêves d’avenir plein la tête quand je n’avais même pas encore 15 ans. Sans doute que ce concert réveille certaines belles choses d’un temps révolu. Mis à part cet aspect, j’ai pu constater que Mariah Carey a su s’imposer auprès de toute une génération. Le public m’a surpris dans sa diversité, surtout par le nombre de couples ou de bandes de potes, trentenaires, quarantenaires voire plus, présents ce soir, capables d’énumérer quasiment par cœur les paroles des chansons. Pour un premier concert, je ne m’en sors pas si mal. C’est quand même sympa de pouvoir se dire : « J‘ai vu d’la chanteuse qui envoie du pâté sur scène et avec son CV« . Une petite recherche documentaire sur Internet confirme mes idées reçues. J’apprends effectivement que Mariah Carey est l’artiste féminine la plus rentable de l’histoire de la musique avec pas moins de 18 titres classés numéro 1 dans le top américain, sans compter des Grammy Awards et des World Music Awars à la pelle. Avec le recul, je reconnais quand même que la Mariah Carey qui a bercé mon adolescence n’existe plus. Certes le temps passe pour tout le monde mais elle est aujourd’hui loin d’être la belle femme naturelle des années 90. Elle a pris du poids. Le bistouri est aussi passé par là, sur son visage mais sans aucun doute pour sa poitrine qui semble avoir été démultipliée en l’espace d’une vingtaine d’années. Son passage à Paris était l’occasion que je ne regrette pas, car à raison d’une tournée tous les dix ans sur le sol européen, difficile de dire si le show sera encore possible pour l’une des dernières grandes voix de la pop à l’horizon 2025. Tant physiquement que vocalement.

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