L’amour plus fort que la haine

Liberté - Place de la République

Cette semaine commençait comme n’importe quelle autre semaine ordinaire de l’année à Paris. Certes, le temps était froid, gris et humide mais je me suis engouffré de bon matin dans le métro pour aller rejoindre les Grands Boulevards. C’était un matin ordinaire et tranquille comme bien souvent dans le 11ème arrondissement : j’ai vu les enfants se rendre à l’école bien emmitouflés, prêts à faire face aux rigueurs de l’hiver, main dans la main de leur père ou de leur mère. Les portes de l’ascenseur se sont ouvertes. Les ordinateurs se sont mis en route, les collègues se sont mis à plancher sur les dossiers et les projets en cours… Et pourtant, en ce mercredi 7 janvier, il aura néanmoins fallu que deux hommes viennent troubler la vie d’un quartier, d’un arrondissement, d’une capitale et finalement de toute une Nation en attaquant la rédaction d’un journal nommé Charlie Hebdo. En l’espace de quelques minutes, la rue Nicolas Appert devenait tristement célèbre à travers le monde meurtrie par la folie d’individus prêts à décimer des dessinateurs de talent, des innocents, des inconnus et des policiers. Des balles de kalachnikovs en réponse à des caricatures… Voilà où ce triste monde a pu en arriver. Tuer pour intimider et ne plus faire parler. Tuer pour essayer d’apeurer tout un peuple et la planète entière. Ce n’était pourtant que le début d’une tragédie… Le lendemain, une policière faisait également les frais de la fureur d’un autre homme avant que celui-ci ne s’en prenne à des hommes, à des femmes et à des enfants dans une épicerie kascher à Vincennes. Malgré ce drame et un dénouement sanglant, des personnes ont eu le courage de se mettre en travers de leurs chemins et l’ont parfois payé de leur vie, malheureusement. Je voudrais leur rendre hommage.

J’ai vécu ces événements en tant que résident du 11ème arrondissement. Un arrondissement où la mixité et le multiculturalisme en font sa richesse. Depuis la synagogue de la rue de la Roquette aux magasins asiatiques d’import textile de la rue du Chemin Vert et jusqu’aux cafés et bars du quartier de Bastille. On y croise des hommes, des femmes, des enfants, des retraités. Des juifs, des chrétiens, des athées, des musulmans mais avant tout des êtres humains partageant tous profondément le même idéal d’un monde meilleur. J’aime mon quartier pour cette diversité. J’aime également mes amis, mes collègues et ma famille pour ce qu’ils sont, sans distinction de race, de nationalité, de religion ou d’orientation sexuelle. En l’espace de quelques jours, ce paisible quartier a été envahi de véhicules de presse du monde entier, de policiers et de gendarmes protégés comme jamais, fusil à pompe en main, prêts à répondre à une menace désormais présente sur toutes les lèvres. Les yeux de la planète ont été saisi par l’horreur qui s’abattait sur Paris, berceau de l’exception culturelle française. Et Paris a eu peur : vendredi après-midi, à la station Bourse sur la ligne 3 du métro, personne ne se trouvait sur les quais… Dès lors, des questions m’ont assailli l’esprit sur fond de tension extrême dans la capitale, je dois bien l’avouer. Comment peut-on tuer au nom d’une religion alors que l’Ancien et le Nouveau testament ainsi que le Coran sont des écrits consignant depuis des millénaires l’amour et la fraternité entre tous ? Comment peut-on abattre si froidement d’une balle dans la tête un policier implorant pour sa vie ? Comment peut-on finalement en arriver à ne plus avoir de cœur et à être totalement déshumanisé ? Ces questions resteront sans réponse, probablement grâce à l’éducation que j’ai reçue de parents professeurs profondément républicains et laïques. Mais également grâce aux personnes que j’ai rencontrées de Miami à Reims et de Bruxelles à Örebro. Et pour finir aux expériences enrichissantes qui m’ont amenées à vivre à l’étranger pendant quelques années et à découvrir de nombreux pays sur la planète. Plus que jamais, je reste convaincu que l’être humain ne peut que s’enrichir à découvrir le monde…

Place de la République - 11 janvier 2015

N’arrivant pas à dormir face au retentissement de ces évènements, j’ai ressenti le besoin de me recueillir à quelques pas de chez moi rue Nicolas Appert et devant le commissariat du 11ème arrondissement. Des bougies pour symboliser l’espoir, des crayons et stylos en réponse à du sang, des fleurs pour honorer la mémoire de Français et de Françaises morts sur l’autel du terrorisme… En ce dimanche 11 janvier, qu’il est bon de voir que les Français ont su se mobiliser pour montrer que l’ensemble de la Nation est capable de se retrouver derrière des valeurs qui lui sont chères. La France qui se rassemble malgré ses différences, la France qui prône la tolérance. C’est ça la France que j’aime et dans laquelle je me retrouve… Dans ce cortège qui s’étirait de la place de la République jusqu’à la place de la Nation – deux places hautement symboliques dans ce contexte – ainsi que sur toutes les avenues et boulevards alentours, des millions de Français sont également venus réaffirmer en masse leur attachement aux valeurs universellement partagées de Liberté, d’Égalité et de Fraternité. La Préfecture de Police a dénombré plus de 20 stations de métro fermées par mesure de sécurité face à une affluence jamais vue depuis la Libération de Paris en août 1944. C’est dire si les Français ont su s’unir pour répondre à ces événements d’une violence inédite. Paris ensanglantée, Paris martyrisée, Paris endeuillée, Paris horrifiée mais Paris enfin soulagée ! Rares également sont les moments dans l’Histoire de France où le peuple tout entier a su acclamer et remercier le travail des forces de l’ordre contre la tyrannie de quelques uns. Faut-il encore ne pas avoir la mémoire courte et que la semaine dramatique que nous avons vécue se révèle utile et constructive. Que les 17 vies perdues ne soient pas oubliées et que chacune et chacun travaille pour faire de notre société, un espace de bienveillance, de solidarité, d’échange et d’enrichissement culturel pour nous tous et ce, dans l’intérêt de tous. Je n’oublierai pas Philippe Braham, Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Jean Cabut, Elsa Cayat, Stéphane Charbonnier, Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Honoré, Clarissa Jean-Philippe, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, François-Michel Saada, Bernard Verlhac, Georges Wolinski. Pour faire en sorte que plus jamais, la liberté d’expression et nos valeurs ne soient autant attaquées et meurtries sur le sol des Lumières…

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