Sur les traces de Cyrus et d’Alexandre le Grand

Je dois avouer que j’aime sortir des sentiers battus quand il s’agit de partir à l’aventure à l’étranger. Après avoir exploré les routes d’Amérique centrale en novembre 2015, j’ai choisi de partir à la découverte du Moyen-Orient et de me rendre en Iran. Seul. Et là, je sens arriver tes questions. Pourquoi aller dans un pays catégorisé comme Axe du Mal par les États-Unis ? Dans un pays où les femmes semblent être excessivement opprimées, où la démocratie n’existe pas et où les homosexuels finissent emprisonnés, voire condamnés à mort dans le pire des cas ? Cette destination a été le fruit d’une réflexion intense, parfois incomprise d’un grand nombre de mes proches. Quand je disais partir pour deux semaines de vacances en Iran, les conversations connaissaient un blanc pendant 5 bonnes secondes. Après avoir parcouru plusieurs forums de voyageurs ainsi que m’être procuré plusieurs livres sur le pays, j’ai arrêté cette décision en mars, bien décidé à vérifier par moi-même si cette mauvaise réputation était réalité. Si tu souhaites franchir le cap et t’envoler pour ce pays, sache qu’il y a déjà quelques freins à surmonter. L’entrée dans ce pays nécessite l’obtention d’un visa, qui peut s’obtenir assez difficilement à l’Ambassade d’Iran à Paris ou plus facilement à l’arrivée à l’aéroport de Téhéran – moyennant 75 euros. Deuxième obstacle, et non des moindres, les cartes bancaires Visa et MasterCard ne fonctionnent absolument pas en Iran. Il faut donc prévoir tout l’argent nécessaire pour ton voyage à l’avance – nuits d’hôtels, nourriture, visites, transports et achats sont à régler en cash. C’était donc la première fois de ma vie que je partais à l’étranger avec près de 1 500 dollars sur moi. Une fois ces deux aspects réglés, il ne reste qu’à se laisser conquérir par ce pays injustement blâmé de toutes parts. J’ai donc planifié un séjour qui allait partir de Téhéran pour descendre progressivement vers le Sud, en passant par Kashan, Ispahan, Yazd et Shiraz sans oublier des sites antiques tels que Persépolis ou encore Nashq-e Rostam. Je te rassure d’ores et déjà, tout s’est extrêmement bien déroulé, du début à la fin. Jamais je ne me suis senti en insécurité et encore moins en danger. Des quais du métro de Téhéran jusqu’aux dunes brûlantes du désert du Dasht-e Lut, en passant par les somptueux jardins d’Ispahan, cette quinzaine de jours est inoubliable, à bien des points de vue.

A toi qui lis ces lignes, je te confirme que ce voyage a été une véritable leçon d’humanité et de fraternité. Jamais je n’ai été aussi bien accueilli et aussi bien traité en tant que touriste. Chaque Iranien voit en un visiteur venu de l’étranger un « cadeau de Dieu » et considère que son accueil doit être parfait, du début à la fin. Chaque serveur de restaurant, chaque responsable d’hôtel, chaque employé de musée ou encore chaque chauffeur de taxi s’assure que tu passes véritablement un bon moment et que tout se déroule bien en ta présence. De nombreux Iraniens et parfois aussi quelques Iraniennes – malgré l’interdiction théorique de s’adresser aux hommes, encore plus quand ils sont étrangers – m’ont adressé spontanément la parole, dans la rue, dans les transports en commun ou lors de visites. Simplement curieux de me connaître, d’échanger des points de vue sur la France, l’Islam, l’élection d’Emmanuel Macron, sur la nécessité pour les femmes de se couvrir la tête en Iran, la prohibition de l’alcool dans le pays, sur Donald Trump ou encore la réélection d’Hassan Rohani. Désireux d’en savoir plus sur ma personne, sur ce que je pensais de l’Iran ou encore ce que je faisais dans la vie. J’ai pu également constater que ce peuple a une soif inaliénable de progrès et de modernité, malgré une relative fermeture économique et politique du pays, tout en étant animé par le même désir d’un monde meilleur et de respect des cultures. Parallèle étrange avec la Corée du Sud, les yeux bleus font des ravages et je ne compte plus le nombre de photos de moi qui doivent désormais traîner dans la mémoire des téléphones portables de quelques habitants rencontrés ici et là. Qui plus est, j’ai aussi été marqué par la générosité des Iraniens qui se proposent souvent de t’accompagner pour un bout de chemin ou te conseillent tel endroit à visiter ou tel restaurant à essayer, sans jamais chercher à t’arnaquer ou à s’imposer trop longtemps auprès de toi. Par les longues journées caniculaires, où la température atteint parfois 47°C à Kashan à la mi-mai, on te propose spontanément et gratuitement un thé au safran ou une bouteille d’eau. J’en profite aussi pour te dire que la cuisine iranienne est extrêmement raffinée, avec beaucoup de viande de poulet ou d’agneau, grillée ou en ragoût, relevée avec du safran et d’autres épices et accompagnée de riz. Quant aux desserts, difficile de résister aux délicieuses pâtisseries aromatisées à la fleur d’oranger ou à la pistache. Un voyage en Iran fait véritablement appel aux cinq sens.

L’Iran submerge de beauté et émerveille tout visiteur qui accepte de se laisse porter et d’oublier ses a priori. J’ai frissonné lors de l’appel à la prière sur la place qui entoure la mosquée de l’Imam Khomeini, au milieu du Bazaar de Téhéran. Après avoir été ému aux larmes par la beauté d’un tableau de Gustav Klimt au Belvédère de Vienne l’année dernière, j’avoue avoir été ébloui et ressenti le même genre d’émotions par la magnificence de la mosquée du Cheikh Lotfallah à Ispahan. La richesse des couleurs et la finesse de l’architecture de ce dôme majestueux sont véritablement à couper le souffle. La ferveur artistique des constructeurs de ces mosquées n’a rien à envier à celle qui guidait autrefois les bâtisseurs de nos cathédrales gothiques. Ni la pollution automobile, parfois prenante aux yeux et à la gorge, ni la chaleur écrasante, ni la poussière de ce climat aride et désertique, ne viennent ternir ou assombrir cette image. L’œil humain ne se lasse jamais de cette palette infinie de bleu du ciel, mélangé au turquoise des mosquées avec les orange et ocre des déserts. Voyager en Iran c’est aussi se laisser captiver par l’odeur des innombrables épices présentées en vrac dans les bazaars de toutes les villes que j’ai pu traverser. Sans oublier le parfum entêtant du jasmin en fleurs dans les palais du Shah d’Iran à Téhéran. Ou encore des milliers de rosiers blancs, rouges ou encore roses, en fleurs, dans les célèbres jardins d’Ispahan ou le jardin Fin de Kashan. Ce séjour s’est terminé en apothéose par la visite des sites antiques, témoins du passé glorieux de l’Empire perse achéménide. Visiter Persépolis de bon matin, avant que le soleil ne brûle littéralement le visage, s’apparente à une visite puissance 10 du département des Antiquités orientales du musée du Louvre. En fin de compte, l’Iran possède un patrimoine culturel et historique bien souvent insoupçonné et sous-estimé aux yeux de l’Occident, lequel semble souvent oublier que la Perse existe depuis plus de 2 500 ans et que l’Iran est actuellement parmi les 20 plus grandes puissances économiques de la planète. Qu’on le veuille ou non, il demeure le seul État stable de la région, cerné par les troubles en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Ainsi, sois curieux. Ouvre-toi à ce grand inconnu. Abandonne certains jugements hâtifs et apporte quelques devises pour contribuer au développement du tourisme dans ce pays qui recèle un immense potentiel à bien des points de vue. Pour finir, c’est, selon moi, par une voie pacifique et détournée que l’Iran se mettra petit à petit sur la voie de la démocratie, là où toutes les autres voies n’ont amené qu’instabilité, terrorisme et chaos dans cette région fragile du globe.

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