Overdose de connexions

Grindr
Je l’avoue, j’ai été un très grand utilisateur des sites et des applications sensés m’offrir le Prince charmant sur un plateau d’argent. Longtemps, j’y avais été réfractaire et puis à force d’en entendre parler, je m’étais inscrit, un peu à reculons, poussé par des amis. Il faut dire que ces sites promettent monts et merveilles. On se laisse tenter, on se prend au jeu de la séduction. Je découvre qui sont les gays du quartier, peut-être que mon voisin de palier est inscrit lui aussi. Le résultat est synonyme, au final, de beaucoup de temps gâché pour pas grand chose. Il y a ces nombreuses discussions qui tournent très rapidement autour de la ceinture, à savoir si tu es actif ou passif – comprends ici si tu aimes prendre ou te faire prendre – ou encore à connaître la taille de ton sexe ou si tu as des photos de ton postérieur. On te demande plus de photos de toi car le doute persiste. Beaucoup de profils sont en réalité des profils bidons, remplis de photos subtilisées, sur Google ou ailleurs. Par des mecs frustrés. Des mecs jaloux. Des mecs en couple qui n’ont pas confiance en leur moitié. Je m’amuse. Dans ce genre de situation, je joue la surenchère et raconte des énormités. Oh oui mon gars, je fais régulièrement des partouzes et je ne pense qu’au prochain gros paquet que je pourrais dévoiler sous mon nez. Le profil à qui je parle se déconnecte ensuite incroyablement rapidement, sans doute ayant calmé ses pulsions tout seul devant son écran. Ou bien a-t-il trouvé « mieux » que moi. Ces discussions ont en fait un côté extrêmement pernicieux. Tout le monde prétend chercher une relation durable. Personne ne prend pourtant réellement le temps de se connaître encore moins de de se découvrir. En fait, tu n’as pas d’intérêt propre. D’autres mecs attendent. Les messages s’accumulent. Tu n’as pas le temps de répondre rapidement à tout le monde. Certains s’impatientent. Les insultes pleuvent parfois.

Hornet
C’est sans compter sur la géolocalisation permise par les applications, qui a encore accentué le caractère totalement futile des échanges mais aussi poussé à son paroxysme l’attrait sur base de l’apparence physique, en une photo, deux tout au plus. Et parfois apparaissent les messages de mecs que tu connais, voire dont tu es proche, qui te demandent ce que tu fais là, pas loin d’eux ou dans leur quartier. Je ne prends plus en considération l’indécision de certains, à la recherche d’un idéal probablement inatteignable, qui n’ont jamais su quelle place m’accorder dans leur vie mais qui aiment venir me dire de manière détournée que ma nouvelle photo est vraiment très belle. J’ai quand même parfois rencontré quelques personnes dignes d’intérêt, qui sont devenues des amis, à défaut de plus. Par ailleurs, je n’ai jamais ouvert tous les messages que j’ai pu recevoir sur Grindr ou encore Hornet. J’ai toujours fait plus jeune que mon âge jusqu’à maintenant et j’en ai eu marre de la flopée d’hommes qui pourraient être mon père, voire mon grand-père et qui ne comprennent pas qu’il y avait une différence d’âge trop importante pour poursuivre la discussion. Pour finir, je passe allègrement les détails sur les propositions sordides de plans cul en tout genre que j’ai pu recevoir, parfois rémunérés, avec poppers au minimum ou d’autres substances à inhaler, et bien évidemment sans préservatif. Lassé. Dépité. C’est ce qui a justifié ma disparition progressive de plusieurs applications et sites pour ne plus en garder qu’une et en y passant beaucoup moins de temps qu’auparavant. J’avoue que les débuts ont été parfois difficiles cet été. Ces applications flattent irrémédiablement l’égo. Elles créent une addiction terrible : on se sent aimé et aimable, désiré et désirable.

Coeur pris dans la glace
Néanmoins, arrive le jour où l’on se rend compte qu’il y a un problème quand le premier et le dernier réflexe de la journée est de vérifier les messages virtuels plutôt que de se soucier des personnes qui nous entourent réellement. Les derniers mois que j’ai passés loin de cette virtualité ont été la suite d’un chemin initié par mon voyage en Corée du Sud et poursuivi durant l’été afin de me détacher en partie du consumérisme, de la surabondance et des achats compulsifs. J’en ai été la victime consentante par le passé. Je me suis rendu compte que trop remplir mon intérieur était une façon de combler artificiellement le cœur bien vide et fragile que j’avais placé, à tort ou à raison, dans la glace depuis des années. Remplir mon temps « libre » par ces conversations très souvent inintéressantes et sans prendre le temps de m’intéresser véritablement aux gens en faisait partie. J’ai notamment redécouvert le plaisir de laisser aller mes émotions et de ne plus retenir mes larmes si elles doivent couler. Et c’est naturellement que ces applications et sites ont perdu énormément d’intérêt à mes yeux. Voilà à quoi je consacre le temps que je ne passe plus les yeux rivés sur mon téléphone ou sur mon écran d’ordinateur. À une redécouverte de la lecture, à l’envie de découvrir plus de films au cinéma et à passer plus de moments en compagnie de mes amis. Malgré les six années de célibat, je garde l’espoir que quelqu’un saura m’apprécier à ma juste valeur et composer avec mes paradoxes. Que je pourrais également lui apporter le bonheur qu’il me procure. Et ce, bien loin de toute cette virtualité.

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